Sang de navet

Far Cry 3 - Blood DragonLe fait est que même si elle apparait comme une course poursuite permanente à l’innovation technologique et à l’inventivité, l’industrie vidéo-ludique est en fin de compte sclérosée par une politique du rendement dictée par la loi des genres et des suites. Sur les quelques années précédentes, l’on peut ainsi compter sur les doigts de moins d’une demi-douzaine de mains les jeux atypiques, ou même non participatifs d’une saga déjà installée, dans un marché toujours plus important et concurrentiel. Car disons-le rapidement, si ces fameux jeux innovant reçoivent souvent les honneurs de la presse spécialisée, il leur est malheureusement le plus souvent impossible de s’imposer dans une industrie régie par la loi du plus fort publicitaire, où Fifa 72 et Call Of Duty : Future Black Secret Open World At War se taillent la part du lion chaque année. Seulement voilà, petit à petit, l’essor des plateformes comme Steam ou le Xbox Live Arcade a permis à des créateurs en marge des grands studios de faire souffler un vent de fraicheur sur une industrie moribonde en terme d’innovation. Et il arrive même que dans certains cas, ces mêmes grands studios se mettent au diapason et lâchent la bride à leurs développeurs. En donnant du mou à son principal studio, basé à Montréal, le géant français Ubisoft a encore prouvé qu’il avait un temps d’avance sur la plupart de ses concurrents.

Tiens, je sens soudain peser sur moi les regards circonspects des plus observateurs.

« Il nous dit que faire des suites c’est nul, et le jeu s’appelle Far Cry 3 : Blood Dragon. Faudrait voir à être cohérent. »

Deux minutes, j’y viens. Si le titre dont il est ici question peut faire planer un doute sur son appartenance à une saga vidéo-ludique relativement connue, sachez de suite qu’il n’en est rien (et toc !). En effet, Far Cry 3 : Blood Dragon tire son nom de son moteur de jeu et de son game design, en quasi tous points similaire à celui de Far Cry 3, mais introduit une toute nouvelle mythologie et un univers qui lui est propre.

« Déjà que moteur de jeu, je ne suis pas bien sûr, mais alors game design pour moi c’est du chinois ».

Non, de l’anglais. « Game design » est un mot valise regroupant toute les mécaniques de jeu ainsi que les différentes règles qui en découlent. C’est en quelque sorte la règle du jeu. Par exemple, nous jouons ici un personnage en vue à la première personne dans un monde ouvert. Ce dernier devra accomplir diverses missions allant de la prise de garnison à l’assassinat (furtif ou massif) en passant par la recherche d’objets. Au fil de l’aventure, le personnage acquerra de l’expérience qui lui permettra d’apprendre de nouvelles capacités ainsi que de perfectionner son arsenal. Nous avons donc affaire à un FPS (First Person Shooter) polyvalent dans son approche tactique, le tout saupoudré d’une touche de RPG (Role Playing Game). Bon, et puis un moteur de jeu, c’est un ensemble complexe de logiciels, un simulateur permettant la création et assurant la cohérence d’un monde virtuel.

« Ouais, c’est de suite vachement plus clair. »

Merde. Voilà. Donc, si le jeu simplifie un brin les mécaniques de son grand frère Far Cry 3, il se démarque par son univers et surtout son héros. 2007, le monde a été ravagé par une guerre nucléaire. Le Canada n’est plus, une grande partie de la côte Est des États-Unis demeure sous des cendres radioactives. Pour mener leur combat, les américains ont développé une race de super soldat, les cyber-commandos. Vous êtes le sergent Rex « Power » Colt, cyber-commando de type IV, mi-homme, mi-machine, et 100% gros pains dans la gueule. Vos prochaines victimes : l’Omega Force, une armée de soldats morts au combat puis ressuscités par des technologies de pointe et désormais sous les ordres du colonel Ike Sloan, votre ancien mentor. Votre mission : prendre possession d’un étrange artefact pouvant assurer la victoire aux États-Unis et débarrasser l’île sur laquelle il est sensé se trouver de Sloan et de toute sa vermine cyborg. Bref, il va y avoir de la viande bionique collée aux murs.

Et si vous pensez que Rex n’est pas du genre à y aller par quatre chemins, et bien vous avez tort, puisque Far Cry 3 : Blood Dragon possède le mérite d’offrir plusieurs approches différentes. Vous pourrez ainsi foncer tête baissée dans les garnisons ennemies et faire sauter les têtes à la douzaine, mais il vous sera également possible de jouer la carte de l’infiltration, à savoir éliminer discrètement les gardes, neutraliser les alarmes et pourquoi pas déconnecter les cyber-boucliers protégeant l’enceinte ennemie afin de permettre à l’une des immondes bestioles aux yeux mortels qui rodent dans les parages (les fameux dragons de sang) de venir faire le ménage à votre place. Oui, parce qu’en plus de ces horreurs de la nature, l’île est peuplée d’une faune carrément inhospitalière allant du casoar mutant à la cyberpanthère en passant par la chèvre démoniaque et la murène luisante. Autant dire que tout ce petit monde va régulièrement gouter à votre arc néon de chasseur de grands fauves.

Si Far Cry 3 : Blood Dragon n’est pas exempt de tous reproches, avec en particulier l’absence de multijoueur, son principal défaut est également sa plus grosse qualité. Jouer Rex Colt, c’est se prendre les années 1980 en pleine poire à coups de grandes mandales, de petites phrases assassines et hilarantes, de synthétiseurs tranchants et de couleurs fluo. C’est aussi collectionner les téléviseurs 4/3 à tube cathodique, les VHS et se délecter de toutes les autres références à la pop culture cinématographique et télévisuelle de cette décennie reconnue depuis pour son goût parfois douteux. Ceux qui seront conquis par cet hommage explosif et jouissif auront droit à un retour vers le futur d’une petite demi-douzaine d’heures pour la campagne principale, les quêtes annexes permettant de facilement doubler cette durée de vie et ainsi de rentrer dans les standards actuels du genre. Bref, si vous rêvez de sauver le monde de la menace cyber-communiste et de ramener une fille au passage, le tout pour une quinzaine d’euros, Far Cry 3 : Blood Dragon est fait pour vous. Ça vous permettra de mettre un peu au repos vos intégrales DVD de Sylvester Stallone et d’Arnold Schwarzenegger.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :