Deliberate Access Memories

Unorthodox JukeboxAprès plus d’un mois d’absence dont je m’excuse auprès de tous, il est désormais temps de revenir aux affaires courantes. Mais voilà, le dernier conclave fut finalement beaucoup plus éprouvant que de coutume et immense fut ma déception. Comme vous avez pu le constater, ma candidature ne retint pas les suffrages nécessaires pour m’imposer au-dessus des autres cardinaux de la culture et ainsi devenir Actarus 1er, pape des justes et des souvent mécontents. Et cela malgré l’organisation d’une folle soirée karaoké à faire trembler les murs de la chapelle Sixtine. L’âge et l’expérience ont cette fois-ci encore primé, et c’est surement mieux ainsi.

En effet, s’il n’aura échappé à personne que l’année 2013 s’annonce comme un très grand cru sur le plan musical, ce flot continu de nouveautés fortement attendues (et dont on va reparler pas plus tard que prochainement, c’est promis) aurait la fâcheuse tendance à nous faire oublier que, justement, nous oublions, ou encore que nous passons souvent à côté. Dans un monde où la musique se produit désormais à la chaîne, où un tube chasse l’autre, le fait de prendre le temps d’écouter une fois, dix fois, cent fois d’affilée une chanson ou encore de réécouter un album dix ans après sa sortie apparait comme un acte-manifeste, comme une véritable revendication de mélomanie. Ainsi, faute d’avoir parcouru suffisamment de chemin auditif  ou tout simplement par manque de temps, il faut le plus souvent naviguer à contre-courant, repartir en arrière et ainsi redécouvrir ou découvrir, au détour d’un croisement, un nouvel embranchement désormais ouvert, dégagé et menant à une contrée encore vierge et inexplorée. Avec un peu de chance, vous pourriez même atterrir sur une autre planète.

Sorti durant les derniers jours avant la fin du monde, Unorthodox Jukebox avait pour mission de succéder au premier opus de Bruno Mars, Doo-Wops & Hooligans, sorti en 2010. Et autant dire que la tâche n’était pas aisée, tant l’album précédent fut un véritable succès qui propulsa le jeune hawaïen sur le devant de la scène pop, scène qu’il occupait auparavant, mais dans l’ombre, notamment en écrivant et/ou en produisant pour des artistes comme Travie McCoy, Adam Levine, Flo Rida ou encore Cee Lo Green. C’est donc du haut de ses 27 ans et avec une carte de visite déjà longue comme le bras que Peter Hernandez, alias Bruno Mars, a livré un second album qui ressemble à s’y méprendre à un bijou, un véritable diamant pop ciselé avec une précision d’orfèvre.

La métamorphose opérée depuis Doo-Wops & Hooligans s’annonce dès l’ouverture d’Unorthodox Jukebox, Bruno Mars rangeant sa panoplie de gentil charmeur chapeauté pour un costume plus sombre avec Young Girls, morceau dont les claviers saturés, les percussions puissantes et les paroles faussement désabusées tranchent radicalement avec la légèreté voir la candeur de titres comme Marry You ou Just The Way You Are. La rupture s’officialise avec Locked Out Of Heaven, monstrueux tube pop-rock au séquenceur épileptique et qui nous rappelle au bon souvenir des grandes heures de The Police. Vient ensuite Gorilla, titre dans la veine du premier morceau avec un texte clairement adulte et dans lequel Bruno Mars confirme qu’il est un chanteur pop d’une exceptionnelle qualité, suivi de Treasure, petite merveille de funk comme on n’en fait plus.

Nous arrivons de fait au tournant de l’album, puisque quasiment tous les morceaux à partir de Treasure, voir même avant, s’inscrivent dans une filiation clairement palpable avec ni plus ni moins que Michael Jackson himself. De tous les héritiers proclamés ou non, Bruno Mars apparait alors comme le plus légitime et cela de très loin. Que se soit derrière un clavier pour une ballade piano-voix avec When I Was Your Man ou bien dans une atmosphère électrisante avec Money Make Her Smile et Natalie, morceaux qui ne sont pas sans rappeler la période Blood On The Dancefloor de MJ, Bruno Mars sonne comme une véritable incarnation du King of Pop. L’on notera tout de même deux exceptions à cet paternité assumée, l’une étant Show Me, seul morceau un peu faible de l’album avec ses accents reggae/roots/cheveux sales et l’autre étant If I Knew, splendide mais trop courte ballade rhythm and blues (et non pas R&B) clôturant ce deuxième opus. Parmi les dernières minuscules ombres au tableau, on regrettera également que la petite bluette jazzy Old & Crazy, en duo avec Esperanza Spalding, ne soit présente que sur l’édition deluxe de l’album.

Bref, si Doo-Wops & Hooligans était construit dans un registre pop plutôt divers mais néanmoins classique, puisque influencé par des styles comme le R&B ou le rock, Unorthodox Jukebox pousse ce métissage bien plus loin. Bruno Mars se balade ainsi tout au long de son deuxième album tel un funambule, sautant d’une corde à piano vers celle d’une guitare électrique, déconcertant de facilité dans son escapade musicale. Pour le dire rapidement, si les artistes offrant une pop inspirée se font déjà rares, Bruno Mars va plus loin et délivre avec son Unorthodox Jukebox une pop inspirante par sa capacité à habiter des genres musicaux comme la soul, le new jack swing, la country ou encore le funk et j’en passe. En quatre mots, Mars est une étoile.

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