Remettez-le dans sa cage !

Django Unchained

Si c’est habituellement avec malice et bonheur que j’entretiens une propension toute personnelle à démarrer les critiques et autres billets qui composent ce webzine par des introductions a priori sans rapport avec le sujet traité, je vais ici me faire violence et entrer directement dans le vif, pour la simple raison que les trois quarts d’entre-vous, si ce n’est plus, qui liront cette première et interminable phrase auront déjà vu Django Undchained. Il est d’ailleurs encore plus probable que parmi ces derniers, une immense majorité ait apprécié voir adoré le dernier film de Quentin Tarantino, rejoignant ainsi le concert de louanges critiques reçu par le film. Sans chercher ici à me mettre cette communauté à dos, il est néanmoins de mon devoir de jouer les solistes dissonants et de tenter d’expliquer pourquoi sans être un mauvais film, Django Unchained n’en reste pas moins le moins bon film du réalisateur américain.

Si toutes les raisons qui vont se succéder à partir de maintenant ne se prévalent nullement d’une valeur d’objectivité, il me faut souligner la première d’entre-elles, de par son caractère encore plus personnel, subjectif que les autres. En effet, avant même la vision du film et par conséquent avant que le glas de la médiocrité ne tombe sur Django Unchained (il s’agit évidemment ici d’une médiocrité relative à la filmographie du cinéaste), existait dans mon esprit une loi immuable, une vérité certaine : Django Unchained ne pourrait être le meilleur film de Quentin Tarantino. Cette loi ne fut pas dictée par une aversion pour tel acteur ou tel sujet, mais par le simple fait que le réalisateur avait déjà touché du doigt la perfection de son cinéma la plus absolue avec Inglourious Basterds. Toute la question était donc de succéder au travail d’une décennie et au chef-d’œuvre inégalable qui en a résulté. Après la maitrise et la maestria qui caractérisait Inglourious Basterds, Quentin Tarantino s’est littéralement déchainé, a laissé derrière lui tout ce qui faisait la force de son cinéma pour repartir à zéro et surtout en roue libre. À tous ceux qui trouveraient cette dernière affirmation quelque peu péremptoire et surtout incorrecte, qu’ils essaient de se remémorer un plan du film qui soit véritablement marquant, iconique et, précision essentielle, non fixe. J’en suis pour ma part incapable. Ou bien qu’ils passent en revue les différents antagonistes de sa filmographie et constatent a quel point l’exubérante bipolarité de Calvin Candie tranche diamétralement avec la classe et le calme glacial d’antagonistes tels que Marsellus Wallace, Bill, Hans Landa, Dieter Hellstrom, Stuntman Mike et j’en passe. Ou encore pourrais-je leurs rappeler le simple fait que le film repose sur une construction absolument linéaire ?

La construction de Django Unchained présente d’ailleurs deux parties bien distinctes et quasi égales, laissant ainsi apparaitre un autre problème du film : sa longueur. Film trop long et pourtant manquant de profondeur, l’œuvre Django Unchained aurait de manière paradoxale surement trouvé une meilleure cohérence en se scindant en deux, à l’instar de l’autre film de vengeance de Quentin Tarantino, Kill Bill. La première partie, proche du roman picaresque, ainsi développée, aurait permis d’introduire le personnage de Django non pas comme un surdoué mais au contraire d’assister à son initiation progressive par le docteur Schultz tout au long de la quête des frères Brittle, la réussite de cette dernière offrant alors une première conclusion permettant de passer à la deuxième partie et à la vendetta personnelle de Django, le second film quittant alors le western pour l’action pure et dure tout en introduisant le véritable antagoniste. Bref, en ramassant le matériel de deux films en un seul, Tarantino sacrifie probablement ce qui aurait pu faire l’intérêt et l’originalité de son film d’action, à savoir un héros complexe et humain, faillible (comme a pu par exemple le faire Chritopher Nolan), le réalisateur américain préférant se réfugier dans les sentiers battus et rebattus du sur-homme, de l’invincible. Pourquoi des héros comme Batman, Iron Man ou Spider-Man ont toujours été supérieurs à Superman ? Bon, déjà parce ce dernier fait juste tout à l’envers, à savoir porter son masque (en l’occurrence ses lunettes) dans le civil et mettre son slip par dessus son collant, mais surtout parce que l’énergumène est tellement fort, puissant et parfait qu’il a fallu lui trouver une allergie à un caillou ridicule pour le mettre en difficulté. En gros, Django n’est ni un avion ni un oiseau, mais c’est bel et bien Super Négro.

Ah, et puis abordons la bande originale, véritable marque de fabrique de l’ami Quentin. Oui, elle est très bien, voir même excellente, mais elle l’est encore plus en dehors du film, comme une compilation à part. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’il s’agit sans aucun doute de la bande-son la plus anachronique de sa filmographie, et surtout parce que la demi-douzaine de séquences clipesques qui jalonnent le film ne font qu’étirer des longueurs déjà conséquentes. Et que dire de la portée politique du film, dont j’ai peine à croire qu’elle fut louée par certains, tant Django Unchained traite de l’esclavage avec manichéisme, avec une vision uniquement en noir et blanc (et où le noir est parfois plus blanc que blanc). En résumé, Django Unchained est un film au scénario et à la réalisation paresseuse, tout du moins par rapport aux standards tarantiniesques. Il n’en reste pas moins un divertissement très correct porté par un trio d’acteurs remarquablement dirigés, mais malheureusement entaché par une faute de goût finale dommageable. Et oui Quentin, cool guys don’t look at explosions !

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2 Commentaires

  1. Encore un super article! Je lis de plus en plus les articles de ton blog… ils sont top! bravo et bonne continuation. Slevin

  2. hello, je tenais à te remercier pour la pertinence des articles de ton blog ! j’édite moi aussi un blog depuis peu et j’espère pouvoir faire aussi bien 🙂 A bientôt, ZAK

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